Le brouhaha s’empare et nous prend toute la place. Il arrive sans prévenir, brutal, il cogne contre les murs, il transpire le bitume et les siècles mêlés. Il arpente mon espace vital à grands pas, mâle mais finissant en -a, nerveux, envahissant, tout ça n’a ni queue ni tête. Et pourtant, comme tout non-sens, ça finit par en avoir un.
Il est médiéval, m’explique-t-il, avec cette voix rauque qu’ont les choses trop vieilles pour mentir. Il provient d’un temps que nous on n’a pas vécu, un temps de pierres froides et de corps serrés pour survivre. Le vivre maintenant ?
On s’y fait. Toujours. Il se tient plus près de nous que notre propre peau, collé à la nuque, au souffle, au rythme cardiaque. On essaie de l’enlever sous la douche, l’eau chaude, la buée, la solitude des corps nus, chacun débout et raide sur l’axe des douches de nos grands bâtiments. Nous on frotte, lui il colle, comme des particules élémentaires, invisibles mais têtues, et puis voilà. Impossible de s’en débarrasser. Il reste, il insiste.
Qu’on sorte, mais qu’on reste chez soi.
Qu’on s’endorme, mais qu’on veille toujours.
Le brouhaha est là.
La conscience du monde ne nous lâchera jamais : qu’on parte au bout du monde et elle sera toujours là, dans le bruit sourd des moteurs, dans le silence trop propre des hôtels. Qu’on reste enfermé chez soi, en caleçon porté deux jours d’affilée, à arroser son ficus et à faire du binge watching de Machos Alpha avec son ramen fait maison, le brouhaha sera là sitôt franchie la porte du bâtiment, oui, celle qu’on a toujours plus mal à pousser, et qu’un jour restera coincée.
Même alors le brouhaha saura s’immiscer chez toi.



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